• Un Bruxellois à deux mètres des tueurs à Paris: le "vertige" de survivre

    "Comme dans un film", les jihadistes ont surgi d'une voiture, kalachnikov à la hanche. D'un calme olympien, ils ont commencé à tuer. Damien était à deux mètres de l'un d'eux, il s'en est tiré. C'était rue de Charonne, au coeur de Paris, il y a une semaine. 

    Un Bruxellois à deux mètres des tueurs à Paris: le "vertige" de survivre21H30 environ. Damien est venu de Bruxelles pour le weekend. Musique dans les oreilles, il débarque rue de Charonne. Direction Bastille. Sur le trottoir d'en face, au café La Belle Equipe, "une atmosphère calme, de début de weekend". "J'ai senti une voiture qui ralentissait sur ma gauche", raconte à l'AFP ce Franco-Belge de 39 ans. "J'ai senti une personne qui sortait juste à ma hauteur".

    Des détonations, il sursaute, arrache ses écouteurs. "Des sons de pétards. J'ai peut-être même souri: "Putain, qui fait une blague comme ça?"". "Puis je vois un homme, costume foncé, élégant, une barbe assez courte, cheveux noirs". Dans ses mains, une kalachnikov, "disproportionnellement grande". Un autre brandit la même de l'autre côté de la voiture. "Mon intuition me dit qu'ils n'étaient pas juste deux". "Ils tiraient vers les voitures à l'arrêt derrière eux, très calmes, le type près de moi très paisible, presque un léger sourire aux lèvres".

    Damien n'est qu'à "2 mètre, 2,50 m." "Ils tenaient leur kalachnikov au niveau de la hanche de manière super relax. L'impression de voir un film de gangsters". Personne ne crie. "On ne sentait presque aucune agressivité à part la violence du son. On était tous hypnotisés". Que faire? "J'ai senti qu'il fallait que je courre dans l'autre sens". A en perdre haleine. Derrière, "des salves à n'en plus finir", "d'une violence insoutenable, parce que je savais ce que c'était". Il était 21H36, selon le procureur de Paris, quand les tueurs sont arrivés.

    Jusqu'à la nausée

    Il est 21H38 quand Damien, sain et sauf, appelle un ami. Deux minutes. Rue de Charonne ce soir-là, 19 personnes sont tombées. - 'Irréversible' - "Je ne suis jamais dans cette ville", souffle Damien, bouleversé. "Je ne comprends pas avoir été exactement là, à ce moment-là". Il ressasse, jusqu'à la nausée, ces quelques secondes de stupéfaction devant l'horreur, cet instant figé "où tout devient juste irréversible, presque un moment de folie": "J'aurais très bien pu ne pas avoir le réflexe de partir". "Le plus dur, c'est de sentir qu'avec ces gens en face du trottoir, on a partagé la même émotion, avant qu'ils soient massacrés".

    Et des questions: "Et si j'étais arrivé 20 secondes avant? J'aurais été dans l'axe des tirs. Et si j'avais pris un autre chemin?" "Je ne veux pas trop m'en poser, ça devient vertigineux". Damien "ne comprend pas" comment, si près, il a pu survivre. Samedi, il a déposé une bougie devant La Belle Equipe. Dimanche, il a marché jusqu'au Bataclan, théâtre du plus sanglant des attentats de Paris. Sur internet, devant la photo de l'organisateur présumé des attentats Abdelhamid Abaaoud, il croît reconnaître l'un des tueurs de Charonne.

    Comment aller mieux? "Essayer de célébrer le fait d'être en vie". Depuis vendredi, "tout ce que je vis c'est un peu un bonus". Il s'est senti soulagé de pouvoir parler à d'autres rescapés qui ont vécu la même chose, à la cellule d'aide psychologique ou à la police. Mais il reste sur ses gardes, chaque "bruit fort" l'effraie même s'il refuse "d'être dans la peur constante". "Ce qui sauve, c'est la chaleur que l'on peut ressentir dans la relation à l'autre. Voir des gens rire autour de moi". Lui, pour l'instant, n'arrive pas à rire. Les attentats à Paris ont fait 130 morts et quelque 350 blessés.

    Source : lavenir.net

     


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